
Le polar islandais
Tous les auteurs contemporains islandais considèrent qu’avant eux, il n’existait pas de polar islandais. Mais un roman qui parle d’un crime n’est pas forcément un roman criminel.
Il faut remonter l’origine des romans policiers à 1910 : un Sherlock Holmes islandais, une nouvelle de Árnason, met en scène un personnage qui résout une enquête aux États-Unis. Puis en 1926, un feuilleton est publié dans un journal.
En 1992, le roman policier est considéré comme un genre mineur, ou une littérature qui n’en est pas une, ou qui ne mérite pas d’être lue. Les auteurs situent souvent l’intrigue en terre étrangère pour être plus crédibles. Ils écrivent souvent en utilisant des pseudonymes, et ce n’est généralement qu’une passade dans leur vie d’auteur.
En 1997 sort "Les fils de la poudre", le roman d’un journaliste fils d’écrivain, Arnaldur Indriðason. Il mêle le mythe de Frankestein et l’Islande de manière tout à fait crédible.
Avant lui, les autres auteurs situaient leur livre à l’étranger pour qu’il soit crédible. Indriðason considère pourtant que "La saga de Gisli" est le premier roman policier d’Islande.
Les fils de la poudre (inédit en français) est donc le premier livre dans lequel le héros est un inspecteur islandais. Arnaldur Indriðason met en scène l’inspecteur Erlendur. C’est un excellent roman, où se trouvent toutes les qualités d’écriture d’Arnaldur. En France, on ne va s’intéresser à cet auteur qu’en 2002, après qu’il a obtenu un prix littéraire pour "La cité des Jarres".
"La cité des jarres" justement est une révolution qui dépasse le roman policier. Il crée un style vivant, donne l’illusion parfaite de la réalité avec quelques détails dans le texte. Arnaldur part toujours du réel. Il montre également que la nation islandaise n’est pas parfaitement heureuse et a aussi ses failles.
À chaque nouveau livre, Arnaldur Indriðason creuse un peu plus le personnage d'Erlendur. Certains traits de caractère font de lui un parfait exemple de la culture islandaise : il ne supporte pas l’invasion de la culture et de la langue américaine, il cite aussi régulièrement des textes anciens.
Le prénom Erlendur signifie "étranger" en islandais : étranger à Reykjavik, avec une famille éclatée. Il offre un regard sur la société islandaise cachée, sur les bas-fonds avec la drogue, l’alcool, la prostitution, la jeunesse à la dérive. Son uvre relève du réalisme social autant que du polar. Le crime n’est que le point de départ pour créer une tension dans l’histoire et aguicher le lecteur.
Árni Þórarinsson a, lui, un style totalement différent. Son personnage principal, Einar, n’est pas policier, il est journaliste. Mais il a tout du cliché. Les intrigues sont beaucoup plus compliquées que pour Indriðason : il y a toujours au moins 2 ou 3 histoires qui se croisent jusqu'à ce qu’elles se rejoignent vraiment.
Þórarinsson décrit la société gangrenée par la drogue, les parents dépassés par les enfants, l’invasion de l’anglais et de la culture américaine, les méfaits de la mondialisation. Il réussit l’intertextualité comme Indriðason, pour mêler le passé et le présent.
Árni Þórarinsson s’inspire beaucoup de la musique anglo-saxonne. C'est d’ailleurs paradoxal, car il critique l’invasion de l’anglais tout en truffant son texte d’anglais. C’est une ironie évidente.
En conclusion, Þórarinsson nous montre une société islandaise qui souffre de bien des maux.
Jón Hallur Stefánsson.
Son écriture et ses préoccupations sont différentes des deux autres auteurs. Il se singularise par son classicisme et son style poétique très ciselé. La critique sociale est moins présente. Il s’intéresse plutôt aux bassesses des humains qui, mises bout à bout, font s’effondrer la société.
L’humour est toujours présent, par exemple avec le personnage du tueur à gage qui donne une atmosphère à la Kill Bill. C’est une volonté délibérée de jouer avec les codes du roman policier.
Jón Hallur Stefánsson s’amuse à nous perdre, à brouiller les pistes. En apparence, il nous dit tout. En fait, il nous cache des détails essentiels.
Il y a une quinzaine d’année, le roman policier était quasiment absent du paysage littéraire islandais. Il existe d’autres auteurs de policiers en Islande qui ne sont pas traduits. Certains sont très bons, d’autres moins.
Le genre du polar est en pleine expansion dans un pays où les meurtres sont quasi inexistants. Mais les auteurs se servent essentiellement de ce genre pour dresser un portrait de la société.
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