"La littérature islandaise contemporaine"


par Friðrik Rafnsson
Conférence du 17 novembre 2008


Il est difficile de distinguer des nouveaux courants dans l’art contemporain : il est nécessaire d’avoir un certain recul pour les distinguer. C’est la même chose pour la littérature. Mais il est possible de dresser un portrait.




La cuvée littéraire 2008 est composée surtout de romans. Depuis 12 ans, il y a toute une vague de romans policiers en Islande. C’est un phénomène intéressant, car pendant un long moment, les Islandais trouvaient ridicule d’écrire un polar. Les gens pensaient qu’il y avait trop peu de crimes en Islande pour écrire dessus. Mais la société islandaise a évolué, et a rattrapé la littérature.

Malgré la crise économique, le nombre de titres publiés est sensiblement le même que l’an passé, 2007 étant déjà une année record. Nous n’avons jamais autant publié que l’an passé. Le monde littéraire islandais est vivant et dynamique. C’est symptomatique de la place fondamentale que prend la littérature en Islande. À chaque fois qu’il y a une crise, une récession, on revient aux valeurs sûres : le livre, car c’est l’essentiel, cela reste.

Chaque année, l’association des éditeurs islandais publie un catalogue. En fait, c’est de la publicité. Mais cela reste un document de référence pour tous les Islandais. La période de vente des livres en Islande est condensée. Il y a une avalanche de sorties juste avant Noël, à partir d’octobre. Le livre est un cadeau de Noël très prisé. Il faut offrir au moins un livre à chaque membre de sa famille, au risque d'être considéré inculte. Le livre représente donc l’atmosphère de Noël.

L’édition islandaise se porte bien. Elle a gagné 100% en 10 ans. Après la pêche et l’agriculture, l’édition des livres est un savoir ancestral dans le pays.

Voici quelques incontournables de cette année 2008.




- Dis à maman que je vais bien (Segðu mömmu að mér líði vel) de Guðmundur Andri Þorsson.


C’est un roman assez court, dont l’action s’étale sur deux jours. Le héros, un homme de 40 ans, attend un coup de fil de la femme de sa vie.

Elle est partie, elle a disparu, mais il sait qu’elle n’est pas morte. En attendant, pris par le désespoir, il regarde le fil de sa vie, pense à ses parents, à sa famille.

C’est un très bel hymne à l’amour, complétée par une belle amitié avec un chien. Le roman pose une question : qu’est-ce que l’amour ?




- Le créateur (Skaparinn) de Guðrún Eva Minervudóttir.


Un artisan est seul à Akranes. Il consacre sa vie à la fabrication de poupées de grand luxe, grandeur nature, pour répondre aux besoins sexuels des hommes. Il termine son chef d’œuvre, une poupée superbe, sur laquelle il a travaillé pendant des jours.

Il sort et rencontre une jeune femme qui essaye de changer un pneu, il l’invite chez lui, et elle passe la nuit avec lui. Le lendemain, elle décide de lui voler la poupée qu’il venait de terminer, et la donne à sa fille anorexique.

Guðrún Eva Minervudóttir pose une question délicate : qu’est-ce qui est réel ? La poupée ou l’être humain ? À noter que les éditeurs ont peaufiné la finition en proposant une couverture en plastique.




- Sjón a commencé à écrire très jeune, dans un mouvement de jeunes surréalistes. Il est aujourd’hui un auteur très avant-gardiste, même s’il l’est moins avec l’âge. Il est très intéressant car il travaille à la frontière entre le rationnel et l’irrationnel. Il maintient un niveau de folie. Cette fois, son livre se passe au XVIIème et pose une question : qu’est-ce que le savoir et la connaissance par rapport aux superstitions ? Où s’arrête le savoir et où commence la superstition ? Il raconte l’histoire d’un homme exilé sur une île, et rejeté car censé être un sorcier.




L’année 2008 est une très bonne année littéraire en Islande. La plupart de nos grands écrivains sont au rendez-vous avec des livres très variés. Les événements récents vont amener beaucoup aux artistes.



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