"L'Islande de Jules Verne"
Ma première rencontre avec l’Islande remonte à 50 ans : passionné de Jules Verne, j’ai découvert l’Islande dans "Voyage au centre de la terre" : le professeur Lindenbrock trouve un parchemin codé en caractère runique, écrit par un Islandais, et qui décrit un passage secret vers le centre de la terre à partir du volcan Snæfellsjökull.
La documentation
Jules Verne n’est jamais allé en Islande. Il pense avoir aperçu l’Islande lors de l’un de ses voyages maritimes en Norvège, mais rien n’est moins sûr. Il devait donc bien se documenter.
Il cite ses livres de référence dans "Voyage au centre de la terre". Des livres qui font autorité au XIXème, notamment "Voyage dans les mers du Nord", de Charles Edmond, publié en 1857, qui dresse un compte rendu du voyage scientifique à bord de la goélette la Reine Hortense.
Il se sert notamment beaucoup des illustrations faites par deux artistes : le Snæfells, la lave, les lépreux, les grottes de glace. À voir ces dessins, on se croirait presque déjà dans le livre de Jules Verne.
Jules Verne était donc très bien documenté sur l’Islande, même si parfois ses informations restaient superficielles. Mais il a aussi recueilli des témoignages de marins. Sa seule problématique était donc de bien exploiter ces sources.
L’exploitation des sources
Dès le départ, Jules Verne fait un exposé géologique des origines de l’île, l’action des feux intérieurs, par l’intermédiaire d’Axel, le neveu du professeur. Jules Verne a d’ailleurs une vision assez juste de la formation de l’Islande, à une époque où les scientifiques eux-mêmes n’ont pas beaucoup d’information.
Pour l’aspect géographique, il décrit d’abord les abords de l’île depuis le bateau, et transforme pour cela l’authentique récit de Charles Edmond, pour l’assimiler à son roman. Il fait de même pour la balade à Reykjavik.
À partir de ces sources, Jules Verne réussit à décrire un itinéraire réaliste. Il n’est pas très rigoureux sur l’orthographe de certains mots islandais, mais certaines mauvaises langues pensent que c’est parce qu’il a eu du mal à se relire. Il indique beaucoup de détails sur le voyage : les églises, les juridictions communales, les quartiers, … Il est bien renseigné, et utilise les dessins pour les descriptions. En revanche, il est mal renseigné sur un détail : l’éruption du Snæfells. Il ne parle que d’une éruption éloignée, alors qu’il y a en eu deux, la dernière au IVème siècle.
Jules Verne accentue également volontiers la couleur locale en utilisant des mots islandais, parfois mal, mais parfois dans un islandais parfait.
Les Islandais vus par Jules Verne
Lorsqu’il en vient à décrire les Islandais eux-mêmes, il parle de leur amour pour les livres. Le professeur Lindenbrock achète d’ailleurs d’un exemplaire original de la Saga des rois de Norvège de Snorri Sturluson (mal orthographié dans le livre). Il parle d’un texte runique, et notamment d’une rune en particulier, le double m, rajouté dans les calendriers runiques et pas dans l’alphabet Futhark. Il joue sans cesse entre le vrai et le faux.
Lors de son arrivée en Islande, le professeur est accueilli par les mêmes personnes qui ont accueilli l’expédition de la Reine Hortense, notamment le professeur de sciences naturelles Fridriksson.
Jules Verne a compris le problème linguistique de l’île : tout le monde parle islandais, les marchands danois également, et les érudits latins. Il reprend cette information pour décrire ses personnages.
Sinon, les descriptions des Islandais sont calquées sur celles de Charles Edmond. Il procède de la même manière pour la nourriture, les maisons, ou les activités.
La description de Jules Verne de l’Islande est fidèle à ses uvres et laisse une impression d’un peuple laborieux et pauvre, calme, sobre. L’Islande de Jules Verne est en fait celle de Charles Edmond, et de ses prédécesseurs. Son imagination ne l’empêche pas d’assimiler ces propos pour donner sa propre vision de l’Islande, qui n’est pas si éloignée de la réalité. L’Islande des voyageurs du XIXème ressemblait à la description de Jules Verne. C’était la réalité islandaise de l’époque.
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