Le cinéma islandais


par Élise Devieilhe
Conférence du 21 novembre 2008


Le cinéma permet une représentation des mœurs de la société islandaise contemporaine. L’égalité entre les hommes et les femmes, la sexualité libérée, la représentation homosexuelle et homoparentale montrent une certaine liberté d’esprit. Le cinéma islandais se fait aussi témoin du sexisme, des stéréotypes de genre, comme dans tous les cinémas du monde. Mais souvent, lorsqu’un rôle est stéréotypé, c’est plutôt pour mettre en valeur le caractère du héros.




La perception des Islandais par les étrangers

La bande annonce de "Back Soon" (Sólveig Anspach, 2008) montre l’imaginaire de l’Islande en France par l’intermédiaire du narrateur, un Français en Islande. Il juxtapose son propre imaginaire de la femme islandaise sur la réalité du personnage.

Dans d’autres films, les cinéastes jouent sur le stéréotype : "les Islandais sont fous". Ils sont dépeints comme des hommes violents ou des femmes débridées. Ce cliché a la peau dure : les femmes du nord en général seraient des femmes aux mœurs légères, ce qui n’est évidemment pas fondé.




Les personnages masculins non stéréotypes

Ce sont des personnages très éloignés de cet imaginaire : des hommes incertains, tendres, réfléchis, à la sensibilité exacerbée. Loin donc de l’imaginaire de l’Islandais violent.

Dans "Nói albinói" (Dagur Kári, 2003) par exemple, le personnage de Nói est en complet décalage entre le modèle de virilité qu’il pioche dans les séries US et recopie, et sa situation connue du village : il est un garçon sensible, et n’est pas crédible en mauvais garçon.

Dans "Les anges de l’univers" (Friðrik Þór Friðriksson, 2000), la folie n’est pas là où l’on croit. La pression sociale de la vie parfaite et dans la norme rend fou. La folie est cet idéal de vie standardisé.




Les personnages féminins non stéréotypes

Dans "Stormy Weather" (Sólveig Anspach, 2003) l’héroïne est une femme indomptable égarée, qui rêve d’indépendance, alors qu’elle est collée à sa vie d’épouse et d’employée. Elle n’entre pas dans le cadre de la norme, donc elle s’échappe.

Il existe un parallèle entre ce rôle et l’actrice qui le joue, Didda Jónsdóttir. Elle aussi à un caractère fort et indépendant, et même si elle a obtenu l’équivalent islandais du César de la meilleure actrice pour son jeu dans ce film, personne ne l’a engagée pour tourner d’autres films après cela (jusqu’à "Back Soon" cette année), et elle a dû travailler comme éboueuse pour vivre.

Dans le film "Dís", l'héroine éponyme refuse d’endosser ce rôle que l’on attend d’elle : la petite amie, l’étudiante modèle. Elle veut juste être elle-même. Dís se réfère à Vigdís Finnbogadóttir pour justifier sa volonté d’indépendance, car Vigdís a fait entrer dans la normalité d’avoir une femme à la tête de l’État.

Cette représentation féminine permet de casser les stéréotypes et de faire avancer les mentalités. Et le processus est le même pour la parentalité. Elle n’est plus représentée dans le seul cadre du couple hétérosexuel. Les films parlent d’avortement, de mère célibataires, et d’homoparentalité.




L’homosexualité à l’écran

Elle est montrée dans le cadre une société hétéro-formative où le gay dévie de la norme, et doit faire son coming-out pour exister. Mais dans "101 Reykjavík" (Baltasar Kormákur, 2000), l’homosexualité n’est pas un problème. La mère du héros assume le fait d’être une mère âgée, lesbienne, qui élève l’enfant que sa compagne a eu avec son propre fils.

Cette attitude libérale n’est malheureusement pas partagée par tous, et les réalisateurs montrent souvent l’homophobie, qui va de pair avec le sexisme. C’est une vision patriarcale du monde, un monde divisé en deux entre les hommes et les femmes : le héros de "Esprit d’équipe" (Róbert I. Douglas) est rejeté par sa famille et ses amis après son coming-out.

Pour s’éloigner de ces stéréotypes, certains réalisateurs montrent des scènes de la vie quotidienne de couples gays, en l’occurrence deux lesbiennes, dans le court métrage "Goðir gestir" (ísold Uggadóttir).




La lecture de ce cinéma permet de mettre en valeur le travail du cinéaste, le défrichage qu’il entreprend dans la société. Les personnages se cherchent, et cherchent à se libérer de la pression sociale liée au sexe. C’est la possibilité de sortir des sentiers battus.

C’est une spécificité islandaise dans le sens où ce cinéma est très vivant, et ces thèmes sont très abordés proportionnellement parlant par rapport au cinéma français. Le caractère fort d’une femme serait le centre du scénario dans un film français, il n’en est qu’une composante, une évidence dans le film islandais.


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