
"Le philologue et ses manuscrits : Árni Magnússon"
Lorsque l’on consulte un manuscrit islandais, il existe un lien très fort entre cet objet et la personne d’Árni Magnússon. Árni Magnússon est important pour l’Islande au point d’avoir figuré sur les billets de 100 couronnes. C’est très significatif de voir un philologue sur un billet, comme si Littré figurait sur un billet en France.
Les Islandais sont très attachés à Árni Magnússon : l’opinion est que les parchemins sont les seuls trésors de l’Islande, et les seuls témoignages de la grandeur du passé. Avec "La cloche d’Islande", et son avatar de Magnússon, Arnas Arnaeus, Laxness a ancré dans les esprits le fait que les vieux parchemins sont précieux pour les Islandais, et leur a permis d’avoir un lien très fort avec le philologue Árni Magnússon.
Islande porteuse de mémoire
Si l’on remonte au Moyen Âge, on retrouve les premières traces de l’Islande porteuse de la mémoire du passé chez les chroniqueurs : Saxo Gramaticus a écrit dans un prologue "je ne dois pas passer sous silence l’activité des gens de Thulé (…) ils compensent leur dénuement par une intense activité intellectuelle". Dès le XIIème siècle, le cliché est ancré. Les Islandais ont-ils écrit car ils étaient pauvres ? En tout cas, cela fait partie de la figuration.
Les contes populaires ont vu leur intérêt se développer au XIXème, en Islande comme dans le reste de l’Europe. Il se développe alors un imaginaire selon lequel les paysans sont les meilleurs gardiens du passé. L’érudit en quête du manuscrit perdu est confronté à la quête de ses origines, et un lien affectif se crée alors entre le philologue et le fermier, avec une abolition des distances.
La quête des parchemins
La quête du philologue est comprise comme une mission sacrée, et rejoint l’enquête policière. Arnaldur Indriðason dans l’un de ses romans, un livre non-publié en France ("Le livre du Roi"), écrit sur la quête d’un manuscrit. Le chemin des enquêteurs pour le retrouver est parsemé de crimes. Il reprend les mêmes étapes qu’Arnas Arnaeus dans "La cloche d’Islande", c'est-à-dire le chemin classique pour un philologue :
- L’Allemagne, l’antre de la philologie. C’est une étape très importante dans la formation de Magnússon. Dans "La cloche d’Islande", outre la vision caricaturale de l’Allemagne de Jón, il crée le personnage du marchand de Hambourg qui veut acheter l’Islande.
- Le Danemark : la volonté de l’Islande de retrouver ses manuscrits est importante chez les médiévistes qui arrivent au Danemark : "Rendez-nous nos manuscrits". Ce conflit entre le Danemark et l’Islande prend chez Laxness la forme d’une malédiction. Arnas Arnaeus aurait pu améliorer le sort de ses compatriotes, mais il a préféré se concentrer sur la quête des manuscrits, et sera rongé par la culpabilité.
Árni Magnússon est lié à l’histoire de l’Islande, à cause de sa passion du texte en soi, mais aussi la passion de ce qu’il représente. Ces manuscrits sont l’histoire de l’Islande.
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